The Cherbourg Atomics
En 1964, Jacques Demy filme à Cherbourg une histoire d’amour que la guerre d’Algérie va détruire. Guy n’a pas choisi de partir — il a été appelé à rejoindre les lignes. Sous les couleurs saturées et les dialogues chantés, le film raconte une collision entre un projet de vie privée et une décision d’État non négociable.
Soixante ans plus tard, le décor a changé : le Cotentin est aujourd’hui un endroit profondément lié à l’industrie nucléaire. À Cherbourg et dans toute la péninsule, un avenir a déjà été planifié. Le nouveau programme nucléaire français, lancé en 2022, a transformé ce coin de Normandie en l’un des principaux terrains de formation du pays. Pour les jeunes concernés, cela peut paraitre être une chance : des emplois stables, un chemin tracé, une formation financée, à une époque où toute une génération vit dans l’incertitude du futur. La ville s’adapte elle aussi : nouveaux logements, nouvelles écoles, nouveaux arrivants. Quelque chose qui ressemble à une ruée vers l’or.
C’est ce paysage que Cristina de Middel est allée photographier. Pour chaque portrait, elle est retournée dans les lieux de tournage de Demy — même gare, même quai, même cour intérieure —, en adoptant sa palette chromatique, ses cadrages fixes, son artificialité revendiquée. En revisitant ces lieux, elle ne cherche pas à céder à la nostalgie. L’image fictive de 1964 dit ce que l’image documentaire de 2026 ne peut pas dire seule : certaines décisions se ressemblent d’une époque à l’autre, comme les gens qui les subissent.
A Spanish-Belgian photographer born in 1975 in Alicante (Spain), Cristina de Middel examines the concept of truth in photography by exploring the tension between documentary and fiction. Trained in journalism and fine art, she began her career as a photojournalist for the Spanish press and NGOs such as Médecins Sans Frontières. She gained international recognition with The Afronauts (2012), she shifted her practice towards a more conceptual approach, blending staging, archival material and surrealist imagery to challenge the stereotypes and conventions of the photographic language. The winner of numerous international awards, including Spain’s National Photography Prize, she is a member of Magnum Photos, where she served as chair between 2022 and 2025. Her works are held in the collections of the Tate Modern.